Docteur Adam Drewnowski possède une maîtrise en biochimie et un doctorat en psychologie. Professeur d’épidémiologie et directeur du Centre de santé publique de l’Université de Washington, il est une sommité dans la prévention et le traitement de l’obésité. Ses dernières recherches portent sur la corrélation entre l’obésité et la pauvreté, et l’accessibilité aux aliments sains pour ces populations.
Plusieurs études stipulent que l’obésité serait le résultat de mauvaises habitudes alimentaires. Par exemple, une surconsommation de glucides, d’amidon, de protéines, de matières grasses ou encore de conséquences biologiques, hormonales ou métaboliques. Parmi ces facteurs prédisposants, l’excès de nourriture et le manque d’activités physiques seraient en tète de liste. Cependant, selon le Dr Drewnowski l’épidémie d’obésité est aussi étroitement liée à un problème d’ordre socioéconomique et de santé. Ce dernier stipule qu’il existerait un lien étroit entre l’obésité et la pauvreté.
Le faible coût d’aliments peu nutritifs, au goût agréable et à haute teneur en énergie constituent une facilité d’accès pour une population plus pauvre et encourage fortement les marchés alimentaires à vendre ces aliments hypercaloriques : Influence de la mondialisation. Malgré une « liberté de choix », avons-nous tous le choix d’acheter les meilleurs aliments pour notre santé? Les bons aliments ne sont pas à la portée de tous! Par exemple, un parent monoparental à faible revenu peut-il s’acheter des piments à 5$/lb? Dans nos sociétés actuelles, les bons aliments nutritifs, consistants et essentiels ne sont pas accessibles pour tous. Un des problèmes de l’obésité repose sur l’aspect socioéconomique de cette population.
Les variables acceptées pour le statut socioéconomique sont l’éducation et les revenus. Par exemple, aux États-Unis et dans d’autres pays industrialisés, ce sont en moyenne, les individus à faible revenu qui courent le plus de risque de devenir obèses. En revanche, des études épidémiologiques démontrent que le taux d’obésité chute avec l’augmentation du revenu et le degré de scolarité. Bref, l’obésité se concentre dans les quartiers pauvres.
La majorité de la population se considère dans la classe moyenne, cependant, plusieurs vivent d’un chèque à l’autre avec très peu d’épargne. Bref, ces derniers glissent vers le bas de l’échelle socioéconomique et ressentent aussi les effets de l’obésité. Par exemple, suite à des données provenant de la ville de Seattle, une partie de la richesse est concentrée dans le secteur du Lac Washington et quelques quartiers riverains. Par contre, les quartiers à faible revenu se retrouvent dans le centre et le sud de Seattle. Cette section est reconnue comme étant le « corridor de l’obésité ». Dans les secteurs où la valeur moyenne des maisons est relativement élevée, les taux d’obésité sont plus faibles. Par exemple, dans les secteurs plus aisés, les taux d’obésité étaient inférieurs à 6%. Cependant, avec la chute du prix des maisons, les taux d’obésité quadruplaient! Bref, il existe un lien direct entre le taux d’obésité par rapport aux prix des propriétés pour cette région.
Pour les professionnels de la santé de Seattle, le « corridor de l’obésité » est également celui du diabète, des maladies cardiaques et des caries dentaires, l’obésité n’est qu’une des nombreuses disparités en matière de santé liées à la pauvreté et à la richesse. Les aliments les plus sains et nourrissants sont plus dispendieux et ce constat est reconnu par les économistes et le milieu de la santé. Par exemple, une étude française démontre clairement qu’un régime à base de céréales raffinées, de matière grasse et d’aliments à sucres ajoutés est meilleur marché que les régimes à base de viandes, céréales complètes, de fruits et légumes.
D’après une étude du Docteur Drewnowski, lorsque les ressources financières diminuent, certains consommateurs essaient d’obtenir des calories à meilleur marché. Par conséquent, ces derniers recherchent les aliments les moins chers à haute teneur en énergie. Cette pratique influence la satiété de ces derniers, c’est-à-dire qu’ils sont moins rassasiés et sont sujets à la suralimentation. Bref, en tentant d’économiser sur le coût de la nourriture, certains consommateurs finissent par manger davantage. Au Canada, les prévisions pour l’année 2020 stipulent que les fruits, les légumes et les viandes seront augmentés ce qui n’améliorera pas la situation actuelle de ces consommateurs.
Quels seraient les solutions pour tenter d’améliorer cette corrélation qui existe entre l’obésité et la pauvreté? Dans un premier temps, l’augmentation du prix d’aliments à haute teneur en énergie et peu nutritifs pourrait dissuader certains consommateurs d’acheter ces produits. Deuxièmement, une meilleure récupération d’aliments sains et nutritifs comme par exemple les fruits et légumes pourrait améliorer grandement l’alimentation de gens moins bien nantis, en produisant des jus frais et des potages. Il y a une panoplie d’aliments nutritifs qui sont jetés aux ordures par plusieurs supermarchés alors qu’ils sont toujours consommables.
Enfin, un investissement majeur du gouvernement pour la création de programmes d’entrainement, créés par des kinésiologues, pour faire bouger les individus qui n’ont pas les ressources, ni la motivation nécessaire pour le faire. Peut-être que ces quelques changements pourraient diminuer de façon significative les coûts astronomiques que le ministère de la santé consacre à chaque année dans son budget, afin d’intervenir pour plusieurs problèmes de santé reliés à l’obésité…
Réf: Comprendre et vaincre l’obésité. L’urgence d’agir.
Daniel Bissonnette (B.Sc.)
Kinésiologue accrédité (F.K.Q.)
Kinosommet.com
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