Plus que jamais dans nos sociétés modernes, les jeunes de 5 à 17 ans font face à des problèmes de surplus de poids, d’hypertension artérielle, de comportements agressifs, d’une moins bonne estime de soi, de plusieurs problèmes de santé comme par exemple le diabète type 2 qui était  beaucoup plus rare pour ces jeunes il y a quelques années. Coïncidence ou non, il va sans dire que ces changements surviennent au même moment de la percée vertigineuse des écrans dans notre quotidien.  

Les écrans sont présents partout et ce, sous différentes formes. De la télévision au I phone en passant par la tablette, elles sont ici pour rester.  Il y a quelques décennies, l’écran de télévision prédominait et à preuve du contraire, les problématiques reliés aux écrans n’étaient pas un sujet d’actualité comme aujourd’hui. Les études abondent sur les effets négatifs de la surutilisation des écrans chez les adultes mais surtout chez les jeunes.  Plusieurs études démontrent clairement une corrélation évidente entre l’utilisation excessive des écrans par les jeunes et une augmentation du niveau d’anxiété, une baisse des capacités cognitives, des troubles relationnels, des difficultés d’attention, du manque de sommeil, d’un risque de dépression et d’obésité. Pourtant, malgré ces facteurs négatifs, les écrans continues d’occuper une place de choix chez plusieurs

Joël Monzée, qui est un docteur en neuroscience et psychothérapeute stipule que les jeunes qui passent trop de temps devant les écrans ont de la difficulté à se dessiner et ce, même à l’âge de 8 ans. Ils vont dessiner des bonhommes allumettes « car ils ont des problèmes à représenter leurs corps dans l’espace ». Cette constatation d’après le Docteur Monzée, serait le résultat d’un enfant trop exposé à des écrans. Il comprend son entourage à partir des images qu’il voit à l’écran et non à son vécu et ses interactions avec les autres. De plus, toujours selon le Docteur Monzée, un enfant qui n’est pas assez actif physiquement, qui n’a pas assez découpé ou encore dessiné à cause d’une surexposition aux écrans se dirige « vers des difficultés d’apprentissage dès la maternelle ».

Selon le Docteur Monzée, un enfant doit s’ennuyer pour être créatif. D’ailleurs, d’après le New York Times, Steve Jobs qui est le fondateur de Apple limitait le temps d’écran de ses propres enfants et plusieurs dirigeants qui travaillent dans la Silicon Valley en Californie, envoient leurs enfants à une école dépourvue de tablettes ou d’écrans : Waldorf School of the Penninsula. Cette action est pour permettre à leurs enfants de développer leur imagination et créativité. Ironiquement, ces magnats de la technologie semblent bel et bien conscients du danger d’une surexposition aux écrans et prennent les mesures nécessaires pour la santé et le bien être de leur progéniture.

Dans plusieurs cas, lorsque le parent enlève ou ferme l’écran d’un enfant qui l’utilise, il est fréquent de voir ce dernier piquer une crise ou encore être d’une humeur exécrable. D’après le Docteur Monzée, cette réaction est la conséquence d’un cerveau qui est en manque. L’enfant à besoin d’un certain temps pour faire un rééquilibrage afin de s’habituer à ne plus être surstimulé. L’utilisation de l’écran stimule de la dopamine qui est une hormone de plaisir et de dépendance secrétée par le cerveau. Cet état de stress et d’excitation devient plus  difficile à gérer à l’école ainsi qu’à la maison. Bref, cette dépendance aux écrans au même titre qu’un alcoolique, d’un joueur compulsif ou d’une dépendance au tabac demande une attention particulière et dans plusieurs cas de l’aide professionnelle.

Pour certains adolescents du secondaire, une surstimulation créée par les écrans, peut d’après le Docteur Monzée, miner la motivation et le développement de passions ou de choix de carrière chez ces derniers. « Ils ne se posent jamais la question de ce qui est bon pour eux et de ce qu’ils aiment faire ». D’après une étude norvégienne publiée en 2014 sur 10 000 adolescents, la qualité du sommeil serait grandement influencée par le temps passé devant les écrans. D’ailleurs, cette étude démontre clairement que la plupart d’entre eux auraient de la difficulté à trouver le sommeil. Ce risque serait encore plus important pour ceux qui passent plus de 4 heures devant l’écran surtout avant d’aller se coucher. La Société canadienne de physiologie de l’exercice recommande à deux heures par jour le temps passé devant un écran pour éviter les troubles du sommeil mais aussi les problèmes de concentration et de communication.

Le besoin de bouger chez les enfants et adolescents est primordial. Ce sont à ces âges qu’ils construisent leur densité osseuse et pour y arriver, l’activité physique est se mise. En étant sédentaire devant un écran, la santé de leurs os est affectée. Ils sont plus à risque de subir des fractures ainsi que des problèmes musculosquelettiques. De plus, cette sédentarité augmente de façon exponentielle le risque d’obésité. Seulement 7% des enfants atteignent les niveaux d’activité physique minimum recommandé (60 minutes au moins 6 jours par semaine) selon l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (2011). En 2020, ce pourcentage est sans aucun doute à la baisse!

En 2018, une étude publiée dans le « Scientific Reports » démontre que la lumière bleue émise par les écrans libère des molécules toxiques dans les cellules photoréceptrices de l’œil. De plus, l’utilisation abusive des écrans, d’après une étude du  journal « Ophthalmology » pourrait contribuer à une augmentation importante de la myopie au même titre que de passer moins de temps à l’extérieur toujours selon cette étude.  Les troubles d’attention et d’hyperactivité qui sont omniprésents comme jamais chez les jeunes pourrait avoir une corrélation étroite avec l’utilisation abusive des écrans. Une étude publiée dans le «JAMA pediatrics » auprès de 3000 adolescents dénote une corrélation importante entre la surutilisation des médias électroniques et les symptômes d’inattention et d’hyperactivité.

D’après une étude américaine publiée en 2018  dans le « Preventive medecine reports »sur 40 000 enfants de 2 à 17 ans, les jeunes qui passent trop de temps devant les écrans ont des niveaux d’anxiété ainsi que de dépression plus élevés que les autres et ce, dès l’âge de 2 ans. De plus, une étude britannique de 2019 confirme ce lien entre la dépression chez les adolescents et l’utilisation excessive des réseaux sociaux.

En tant que kinésiologue, je trouve cette situation dommage et alarmante pour cette génération affligée par cette problématique reliée au monde technologique. De la dépression à l’obésité, en passant par l’anxiété, ce sont tous des complications qui pourraient être diminuées considérablement par la pratique régulière d’activités physiques. Les jeunes doivent adopter de bonnes habitudes de vie et ce, dès leur plus jeune âge afin de les conserver toute leur vie. Il n’y a plus aucun doute, l’activité physique permet de renforcir le cœur, les poumons, des os plus forts, réduire le risque d’une panoplie de maladies, conserver un poids santé et ainsi de suite…Pour plusieurs jeunes, il est impératif qu’ils trouvent ou retrouvent  le plaisir de jouer, d’être actif et d’en faire une priorité. Malheureusement, pour plusieurs, l’écran est devenu une habitude de vie, alors qu’il devrait être une récompense.

Réf : Docteur Joël Monzée (article); Magazine Québec science;Futura santé; Le Soleil (2017); L’OBS (2016).

Daniel Bissonnette (B.Sc.)

Kinésiologue accrédité (F.K.Q.)